Une jeune femme, entre trente cinq et quarante ans, assise un peu en diagonale par rapport à moi qui ne l'ai même pas remarquée dans ce métro que je ne voulais pas prendre. Dès que je me suis posé, j’ai plongé mon nez dans un bouquin acheté peu avant, tout avide de ses premières pages. A un moment, j’ai senti quelque chose, comme une émotion incongrue qui flottait dans cette voiture. La jeune femme pleurait, tournée de trois-quarts face à l’extérieur, en silence. Il m’a semblé qu’elle réfrénait avec une force toute contenue ses sanglots, qu’elle ne voulait pas qu’on voie son chagrin. Ce devait être pour elle un chagrin inavouable, le chagrin qu’on a lorsqu’on a un rêve dont on prend conscience qu’il est irréalisable, impossible. En secret, on aurait dit qu'elle se raisonnait, qu'elle se parlait :
« Cette histoire, tu l’as construite toute seule, tu t’es fait un scénario, tu n’as pas à pleurer, alors tiens-toi ! De toute façon ce genre d’histoire, ce n’est pas pour toi, tu ne vas pas te donner en spectacle en plus ! Reprends le cours de ta vie ! »
Puis, lors d’un bref instant, nos regards se sont croisés. Cela, je le redoutais et je n’ai pas été aussi rapide qu’espéré. J’étais pris, surpris et vu ému, aussi, parce que je l'ai trouvé jolie, touchante de pudeur et de fragilité. Je sais que nos regards se sont détournés l'un de l'autre très vite. Je crois bien qu’elle a lu ma pensée. Elle est descendue à la station suivante, avec ses sacs de quotidiens, et peut-être, je pense, un rien d’espoir en plus qu’à sa montée.
Sans le vouloir, elle m'avait touché, moi un inconnu, sans doute un presque rien pour elle. Quelqu'un qui lui avait dit, tout surpris et en silence, à la dérobée, que malgré ou grace à tous ses efforts, elle était digne de la meilleure attention. J’espère qu’elle a moins froid ce soir.
2 commentaires:
Du vécu ?
Un peu oui.
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