Triste spectacle que cette salle où la tablée composée de convives aussi différents les uns des autres paraissaient tous venus d’un monde étrange. On aurait dit la pension Vauquer.
Un jeune homme entra dans la pièce. Les propos des personnes dînant, on aurait cru mangeant, s’arrêtèrent aussitôt. Mince, grand, les cheveux noirs de jais, de grands yeux bleus au regard pénétrant mais à la fois candide, il scrutait l’alentour, attendant que l'on vint.
Son port, le recul qu’il marquait indiquait sa lignée. Rien de hautain ou d'emprunté pourtant. L’hôtelier surgit d’une porte enclavée de sous un escalier, gêné, il s’avança vers lui. Quelques mots échangés, et un accord sembla être conclu. On compris mal ce qui put être dit, location d'une chambre, mais surtout, excuses prévenantes du gérant qui parlait d'une ventilation qui était défaillante. Temps d'hésitation, mais la clé qu'on tendait fut au final saisie.
Dans la pièce, le brouhaha repris et les cliquetis des couverts sur la vaisselle retrouva son plein rythme. Le jeune homme sortit et revint accompagné d’un semblable un peu à son image. Tous deux, et sans traîner le pas, quatre à quatre, happèrent l’escalier. A la table, on ralentit le train, certains remarquant le retour du visiteur flanqué du nouvel arrivant. Là haut, c’étaient les chambres de cette auberge terne.
Une fois les jeunes disparus de son champ de vision, un balourd, serviette autour du coup, en s'esclaffant harangua ses voisins : " Voyer la belle affaire ! " Dit-il, et puis en enchaînant : " Ils n’ont pas de bagage ! "
Un silence suivit puis chacun estimant la saynète comme on la dépeignait se gaussa à son tour.
Grand malin, l’hôtelier bruyamment se cru bon de prendre part aux rires. A la surprise de tous, les deux jeunes apparurent de nouveau : " Désolés ", dit l’un d’eux, s’adressant au maître de ces lieux dans un demi sourire, " Mais vous aviez raison. Comme s’il voulait nous suivre, le gras de la maison, son odeur et son bruit montent jusqu’à l’étage, on croît qu'ils vous échappent. Nous, nous ne saurions vous priver "
Ils tournèrent les talons laissant là, silencieux, hébétés, l’hôtelier et ses clients du soir.
Plus loin et plus tard, un hôtel plus décent et aussi sans relent abrita durant toute un nuit le sommeil des deux frères jumeaux.
2 commentaires:
Joli, bien vu et sans un mot de trop, bravo !
Loup, beau gosse et filou.
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