jeudi 27 décembre 2007

Virages

Rien ne pouvait être distingué sur cette route déserte hormis ce qu’éclairaient les phares de la puissante voiture anglaise dans cette nuit d’hiver. Elle filait grand train et l’homme à son volant se laissait griser par la puissance feutrée du véhicule. Comme elle avançait, précédée de ses halos déchirant sans cesse un mur d’obscurité, le conducteur gagnait en assurance.
Bientôt pourtant le plaisir de maîtriser le bolide laissa place à la hâte de rentrer, à l’envie d’en finir avec ce trajet qu'on trouvait désormais interminable. La vitesse ne fut plus appréciée comme il aurait fallu. Elle devint un outil au service de l’urgence du besoin du logis et l'on n'y pensait plus. Sans qu'on s'en aperçut elle devenait le maître, elle prenait le dessus.
La fatigue s’éveillait doucement ajoutant de façon insidieuse un rien de somnolence. Mauvais mélange. Les risques grandissaient, cela d’autant que le verglas choisit cette nuit là pour poser ses jalons. L’hiver, le froid, lui firent bon accueil.
Tous les virages furent passés aisément, cependant, celui qui arrivait d’angle pourtant plus doux ne semblait pas finir. Les points rouges des feux de position qui fermaient le sillage prirent de l’intensité. On freinait, mais il était trop tard. Le bitume gelé perpétra sa funeste entreprise, rien ne put l’empêcher.
Le ciel fut éclairé de rayons lumineux montrant qu’on décrochait.
L’homme admit alors qu’il fut trop imprudent. Il eut peur, personne n'en sut rien, jamais. Cela fut son secret, le dernier.

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