mardi 4 mars 2008

Le couloir

Il y avait ce tunnel à emprunter chaque matin. Les gestes se faisaient comme on fait les choses inscrites sur une liste, sans automatisme ni logique. On savait que l'après midi serait consacré à la visite. Visite terrible, le coeur se serrait, la respiration se faisait plus courte peut-être aussi. La procédure était simple et machinale. D'abord le parking, pas trop compliqué, une place quasi toujours libre avait été repérée puis, respiration, blocages des émotions, l'approche... Une sorte de petit parvis à traverser, pas trop compliqué non plus, les portes de verres venaient.
Le grand hall à traverser aussi, rapidement. Aller droit et marcher directement vers l'un des six ascenseurs sans traîner et repérer sans arrêter son pas celui dont les portes s'ouvriraient les premieres. Pas traîner, toujours. Fermeture des portes. Montée. Ouverture à l'étage désiré, non pas désiré du tout, mais bref, c'était là qu'il fallait stopper l'ascension. Les escaliers, trop compliqués. Silence d'un désert à cet étage. Personne. Marcher vite quand même et toujours. Le chemin est connu, un dédale apprivoisé. On marche encore, vite, encore, tourne là, marche encore, tourne encore. Au bout, la porte, celle réservée. La sonnette, respirer, sonner, attendre. Attendre la réponse... « Ok » entrez ! Re-respiration, petite porte, ouverture électrique que l'on actionne par un petit bouton poussoir placé au delà de son montant supérieur. Étrange, sécurité justifiée. Bon. Bras tendu en l'air, ridicule. Ouverture, on pousse en vitesse, s'engouffre. On est dans le lieu. Pas tout à fait, une antichambre. Rapidement, pas réfléchir respirer toujours, sortir manteau, enfiler sur-chaussures, blouse. Les mains à laver deux fois, séchage, gel. On y est cette fois, le couloir, ce fameux couloir auquel on ne cesse de penser. Interminable couloir. On marche à pas feutrés mais rapides. Discrets saluts aux personnes croisées. Courtoisie. Pas trop regarder là ou là, avancer, avancer... La fin du couloir arrive. Re-respiration, on marque un léger arrêt, c'est à gauche, on tourne. Arrêt encore sur le pas de la porte à hauteur de la vitre. Un regard hâtif au travers puis autre regard vers les personnes affairés dans l'angle opposé.
" Bonjour " rapide. " Bonjour " en réponse suivi d'un " Vous pouvez y aller", discret, ou le plus souvent, d'un hochement qui accompagne ce " Bonjour " presque imperceptible et qui donne le feu vert. Re-regard à travers la vitre, recherche de confirmation des regards précédents qu'on a dû lire. Enfiler gants, masque puis contournement du mur de vitre, on entre dans la pièce...
Sourire ?
Sourire !
...
A demain !
A demain...

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