Dans cette famille, on ne se parlait pas, on ne s'entendait pas, on ne s'écoutait pas non plus. Il en était ainsi depuis des années. Juste quelques phrases conventionnelles sans grand intérêt, des banalités, qui émaillaient les rencontres que chacun trouvait pesantes sans se l'avouer. Tous en souffraient, c'était ainsi depuis ce drame mal vécu et donc jamais vraiment admis que l'on feignait d'ignorer. Une façon de dire, je suis fort...
Chacun s'attachait à des prérogatives illusoires. Ils ne voyaient pas que le temps s'était figé, cristallisé depuis ce moment là. Ils pensaient vivre, en fait ils vieillissaient et ne faisaient rien d'autre, égoïstes et orgueilleux. Ils se fuyaient les uns les autres, masquaient leur douleur se drapant dans une dignité ajourée par l'usure, le temps, l'exposition. Un voile devenu élimé. Jusqu'à quand cela allait-il durer ? La vie durant ?
La vie à coté de la vie, et après, quel bilan ? C'est cela la vie ? Passage sur terre pour cela ?
J'ai froid.
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