Je n’ai pas osé entrer dans cette boutique et demander à l'essayer. Pourtant il s’est passé une chose étrange en moi quand je l’ai vu dans la vitrine. Un retour fulgurant vers le passé m’a emporté vers ce manteau marron en lainage que je devais avoir lorsque je suis entré en sixième au collège. Un vêtement sans peu d’élégance selon mon souvenir mais qui était mien et presque moi. Une double peau avec une capuche. Je ne le quittais jamais et il m’accompagnait dans mes moindres déplacements. Une maison avec deux grandes poches à rabat sur le devant qui me comblaient d’aise tant je pouvais y fourrer mes mains et une kyrielle d’objets hétéroclites. Un vêtement dans lequel je m’emmitouflais, me calfeutrais, moi et mes pensées, mon esprit. Ce manteau me rendait asocial. Avec lui j’étais dans un refuge, une tour, un blindage d’où je ne risquais rien, et qui, ainsi me protégeant, permettait de tout voir et de tout percevoir. Mon manteau, abri de mon enfance, isolée et taisante, mon havre permanent, transportable, témoin silencieux de mes joies, mes tristesses. Un ami presque.
jeudi 11 décembre 2008
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