jeudi 8 janvier 2009

L'épreuve

Au cours de ces quelques journées d'épreuves écrites l'homme avait eu le temps de les regarder tout à loisir, le sien tout au moins. Pouvait-il deviner l'avenir de chacun à les observer ainsi dans leurs travaux, leurs doutes et leurs réflexions ? Il n'était pas loin de le croire, et en tout cas, il ne se priva pas de s'y essayer.
Martin, savamment décoiffé, genre soufflerie dans le dos dont on a figé les effets avec un rien de cire est vêtu d'un slim de chez... slim. Plus y a pas. Chaussures pointues, et tant qu'à faire vernies, un rien Guess, quoi ! Cerise sur le gâteau, plutôt sur le bonhomme, il entre dans la salle avec une chapka d'un blanc immaculé. Anna Karénine en aurait blémi de jalousie.
Étonnant garçon ce Martin qui a passé le plus clair de son temps à rêver le nez au plafond puis à gribouiller ses brouillons de petits graffiti, et enfin, cherchant infiniment l'inspiration sur les tables voisines, risqué mille fois un torticolis carabiné.
Pierre, slim, il l'est lui aussi mais avec tod's et mèche. Plus hight-tech et plus efficace. En arrivant, il éteint e-phone et Blackberry, pose en bout de rangée son sac duquel on apperçoit dépasser pas moins de deux pc portables. Pas de réflexion, lui, il n'écrit pas, il gratte sa copie à longueur de ligne presque sans respirer. De temps en temps quand même, une gorgée d'eau, puis il repart sur son labeur, forcené de la plume, immuable travailleur.
Mélanie, jolie comme tout, des yeux couleurs mers des tropiques, sourire pas possible et ce faux air d'Isabelle Huppert, sa maturité de femme, mélé à sa jeunesse à elle. Miss Stabylo, cinq minutes après la remise des sujets, le sien est un arc en ciel.
Il y a Grégoire aussi. Lui, je pourrais en faire des pages. On dit bon comme du bon pain pain ; à son propos, j'ai envie de dire, d'ajouter à cette expression, joli comme du bon pain. Grégoire, c'est le garçon simple et joli. A le regarder, on voit son âme en direct live. Que du bon. Il entre un peu anxieux, il faut l'avouer. Il commence à décrypter le sujet, puis m'interpelle : N'y a t'il pas une erreur dans l'énoncé ?
Il m'inquiète, je relis. "Peut-être faut-il en faire une lecture complète, lui-dis-je le plus gentiment possible et sans ironie. Il s'exécute, je le regarde, il lève son regard vers moi, et en joignant à un bon sourire bien entier, me remercie. Le voilà rassuré, apaisé. J'en suis heureux. Pardon, le Monsieur en est heureux... Sur sa copie, il se déchaîne, de cela aussi, j'en suis heureux. Plus tard, Grégoire semble attendre un chauffeur, encore une fois il m'adresse un sourire, bien franc et bien généreux, plein d'empathie.

- "Au revoir Monsieur", me lance t'il.

- Au revoir !

Je crois qu'il sait que cet "au revoir" fût un adieu mais ces dernières paroles que je lui ai adressées, il en a saisi tout le sens. T'es un bon gars, j't'aime bien, prends confiance, et si cela peut t'aider plus tard, n'hésite pas : Pense à moi, tu es capable !
Pour moi, c'est un plaisir !

Je ne sais pourquoi, moi, je n'oublierai pas, ni toi, ni les autres.

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